Dolomites, entre beauté et tensions invisibles
Les Dolomites figuraient depuis longtemps parmi les paysages de montagne que je rêvais de photographier. En octobre 2024, j’ai enfin fait le voyage. La beauté était indéniable, mais l’expérience s’est révélée plus complexe que je ne l’imaginais, façonnée autant par le comportement humain que par la nature elle-même.
J’avais planifié ce séjour au début du mois d’octobre, dans l’espoir de trouver des couleurs d’automne et des reliefs rocheux mis en valeur par une lumière douce. J’ai en revanche été accueillie par une pluie persistante et deux jours de fortes chutes de neige. D’une certaine manière, ce fut un cadeau : le paysage s’est transformé en décor d’hiver précoce, d’une grande force visuelle. Mais ces conditions ont également rendu l’accès à plusieurs sites plus difficile, parfois même délicat.
Aux Cadini di Misurina, dont les formes abruptes donnent presque l’impression d’un paysage irréel, l’accès habituellement simple au point de vue est devenu bien plus engageant sous près de trente centimètres de neige. J’étais correctement équipée et à l’aise dans ces conditions, mais j’ai été stupéfaite de voir des visiteurs tenter la même approche avec des chaussures totalement inadaptées, parfois même en sandales. Ce type de comportement n’est pas seulement imprudent, il met aussi les autres en danger, en particulier les équipes de secours en montagne, appelées lorsque les situations dégénèrent.
Le Lago di Braies est souvent présenté comme l’un des joyaux des Dolomites, et visuellement, il l’est toujours. Mais l’expérience sur place a profondément changé. Ce qui devrait être un lieu calme et contemplatif est devenu bruyant et saturé, rythmé par l’arrivée constante de bus déversant des visiteurs dont l’objectif principal est une photographie rapide ou un selfie.
Le problème n’est ni la photographie ni le partage d’images, mais la manière dont certains lieux sont désormais traités comme de simples décors. La volonté de reproduire une image déjà connue pousse les gens hors des sentiers, accélère l’érosion et efface toute sensation de calme. Le lac ne donne plus le sentiment d’être découvert, mais consommé. En tant que photographe et profondément attachée aux espaces naturels, cela m’a laissée avec un sentiment de déception.
Malgré ces frustrations, il y a eu des moments d’une grande beauté. La neige adoucissait les lignes du paysage, et les changements constants de météo apportaient une part d’imprévu qui m’a rappelé pourquoi je photographie la montagne.
Ce voyage a renforcé une conviction qui m’est chère. Fréquenter des lieux remarquables implique une responsabilité. Photographes, voyageurs ou simples visiteurs, nous participons tous à la manière dont ces paysages sont vécus et préservés. Les admirer, les photographier, les partager, oui, mais avec attention et respect. Ces lieux méritent mieux que d’être réduits à de simples arrière plans.
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